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Synthèse de l’étude sur le devenir des familles précarisées
MENEE PAR LE CAMSP DU CH ROUBAIX AVEC LA PARTICIPATION DE L’INSERM
" Des stratégies de rencontre... à l’autonomie : impact à long terme d’un accompagnement médico-socio-éducatif ".
L’origine
Depuis plus de 15 ans, un travail d’accompagnement se fait chaque mardi après midi au sein du CAMSP de Roubaix dans le cadre d’un groupe informel composé de professionnels de la petite enfance, de bénévoles et de parents. Il s’adresse à des familles exclues socialement et peu enclines à demander des soins pour elles mêmes ou leurs enfants. Le but du “ groupe du mardi ” est de construire des stratégies de compréhension réciproque afin d’aider ces familles à retrouver confiance dans les professionnels, de permettre à ceux-ci de mieux comprendre leurs problèmes et leurs besoins. C’est cette pratique du CAMSP dépendant du Centre Hospitalier de Roubaix qui a fait l’objet d’une investigation avec la participation du CERMES-INSERM U.502 entre 1999 et 2004.
Recherche menée par
Annick-Camille DUMARET, ingénieur de recherche à l’INSERM et par le Dr Maurice TITRAN, directeur du CAMSP de Roubaix.
Avec la participation de Marie Constantin, Mélanie Cousin, Brigitte Dumont, Emilie Goetgheluck et Daniel Ruffin.
Le but
L’objectif était d’évaluer la situation actuelle des familles cinq à dix ans après qu’elles aient quitté le support de ce groupe d’aide. Vingt deux familles venues au groupe du mardi avec leur(s) enfant(s) pendant plus d’un an ont fait l’objet d’une observation transgénérationnelle. En effet, l’abus d’alcool était présent à la génération de tous les grands-parents maternels et de nombreux parents (la moitié des mères et les trois-quarts des pères) ; près de neuf mères sur dix avaient subi des maltraitements et/ou des violences dans leur vie familiale et conjugale.
L’approche
C’est une approche psychosociale qui a été choisie pour analyser le devenir des parents et des enfants : entretiens semi-directifs réalisés par un chercheur extérieur à l’institution, passation de tests et de questionnaires. Toutes les mères ont accepté de participer à l’étude, de plus 8 pères ou conjoints, ainsi que les assistantes maternelles pour les enfants placés à l’Aide sociale à l’Enfance ont été rencontrées. Les parents avaient donné leur consentement à l’équipe de recherche pour rencontrer les enfants et consulter les dossiers institutionnels. La situation scolaire de tous les enfants mineurs des familles a été reconstituée. L’arrêt d’addiction à l’alcool de la part des mères a entraîné l’amélioration de l’état de santé psychique de plusieurs mères, l’amélioration de la vie quotidienne dont l’arrêt des dettes. Au moment de l’enquête, les violences intrafamiliales ont diminué pour les trois-quarts d’entre elles, la maltraitance grave et les négligences les plus importantes ont disparu. Si nombre de familles restent encore au seuil de la pauvreté, on assiste pour certains parents à une véritable “ réanimation sociale ” avec la reprise de relations familiales et sociales, la découverte du monde du travail pour quelques mères. Dans l’ensemble, la moitié des familles sont aujourd’hui autonomes ; pour un tiers, les situations se sont stabilisées et légèrement améliorées. Ces familles ont participé généralement au groupe avec régularité et ont acquis la capacité à se faire aider. Les stratégies d’accompagnement et de rencontres ont aidé ces familles à développer leurs compétences parentales et à améliorer les relations parents-enfants. Cependant, on n’a pas noté de changement notable pour 4 situations familiales, où non seulement les facteurs de risque perdurent mais aussi où les parents ont peu adhéré aux différents processus de soins.
L’impact
Hormis les effets positifs à court et moyen terme sur la santé des enfants (amélioration du poids de naissance et de la taille des derniers-nés des familles...), leur situation scolaire reflète à la fois les effets négatifs d’environnements très précaires et défavorisés auxquels s’ajoutent et les troubles graves de la relation parents-enfants pour certains. A un âge moyen de 13 ans, la moitié ont un à deux ans de retard sur le plan scolaire mais les autres sont soit dans des filières spécialisées (CLIS, SEGPA) soit dans des institutions médicalisées (IME...) ; c’est le cas de tous les enfants porteurs de séquelles de SAF-EAF. Néanmoins, les enfants suivis très tôt (avant l’âge de 36 mois, ou mieux 18 mois) échappent aux échecs scolaires graves et à la mise en institution médicalisée. L’alcool affecte très fortement le niveau intellectuel dans les milieux très défavorisés puisque l’écart observé entre les enfants porteurs de séquelles de SAF ou EAF est deux à trois fois plus important que ce que l’on constate dans la population générale.
L’importance
Sur le plan préventif et thérapeutique, cette recherche montre l’importance non seulement d’un suivi très précoce des enfants dont les mères présentent d’importants problèmes de santé mentale, souvent en lien avec l’alcoolisation à la génération précédente, mais aussi d’un accompagnement des mères qui n’ont pu diminuer leur consommation d’alcool. Détecter les troubles neuro-développementaux et cognitifs aurait un véritable impact en terme de santé publique et d’action sociale.
A plus long terme...
Pour consolider l’émergence des compétences de ces familles, ces premières prises en charge doivent être poursuivies sur le long terme. De plus, afin d’éviter les ruptures et discontinuités dans les accompagnements et les soins, ruptures très dommageables pour les enfants, le travail en partenariat (l’école, la pédopsychiatrie, l’ASE, la justice...) des différents intervenants est à soutenir et à développer.









